Alors que le diagnostic de TED n'était pas encore posé, il était évident que Théophile présentait un trouble majeur du langage. Tout était très compliqué en même temps que nous faisions l'effort de nous adapter. Faire appel à la langue des signes nous a effleuré l'esprit mais les tests auditifs pratiqués sur Théophile étant normaux, nous avons souhaité donner priorité au langage oral.

Pas simple tous les jours de se faire comprendre pour lui mais pour nous aussi!

Obligation d'utiliser des phrases courtes et de s'assurer que même un ordre simple était compris, voilà ce qu'a été notre mission pendant les 6 premières années de la vie de Théophile.

Lorsque le spectre de l'instruction obligatoire s'est installé chez nous, nous avons opté pour les cours du CNED (arrivés dans un énorme carton!) qui ont bien vite été relégués dans un coin de la pièce de travail...Lors de nos premières rencontres avec la psychologue du cabinet ESPAS, nous étions d'accord sur le fait que la priorité serait de favoriser la compréhension chez Théophile. L'apprentissage de la lecture (et bizarrement avec la même méthode que pour ses soeurs aînées) s'est déroulée sans difficultés et je dirais même que ce premier obstacle passé, j'étais "boostée" et consciente enfin de cette évidence: mon fils avait des capacités au moins similaires à celles d'un enfant normal. Ne lui manquait que la parole et d'autres petites choses inhérentes à son TED !

Il avait pris l'habitude de lire un récit le soir avec moi mais nous n'étions pas certains que l'histoire dans son ensemble était comprise. Il se focalisait sur une anecdote (le plus souvent un passage plein de drôlerie!) mais il n'avait pas une vue d'ensemble du récit en question.

C'est au hasard d'une visite sur le  blog "Le petit roi":

http://lepetitroi.fr/comprehensiondelecture.html

que j'ai découvert un livre tout petit mais qui a été le déclic chez Théophile: "Je veux ma maman". Ancré dans le quotidien et s'appuyant sur des sentiments qu'il connaissait bien (l'attachement, la peur...), il s'est tout de suite senti rassuré. Les questions était déjà prêtes, j'ai essayé avec un peu d'appréhension en pensant que c'était quitte ou double. Peut-être tout en sachant lire, notre fils ne comprenait rien à rien, nous allions en avoir le coeur net!

Il était à cette époque incapable de faire un lien entre l'acte de lire (qu'il accomplissait avec une relative aisance) et celui de comprendre. Il me semble même qu'au départ il ne cherchait pas à saisir la compléxité des situations présentées dans les ouvrages. Seul le plus simple lui était accessible.Nous avons tout de suite pensé que cette "éducation" passerait par l'étude de récits très simples et "Je veux ma maman" était parfait.

Il a adoré cette histoire. Nous l'avons fragmentée en séquences très courtes en lui posant des questions sous forme de QCM, cette formule l'a mis en confiance...

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Aujourd'hui, il est toujours très demandeur de la présentation "QCM" parce qu'il ne lui est pas facile de construire une phrase très longue sans erreur de syntaxe et que son graphisme est encore malaisé. Et depuis que nous avons institué l'activité "dictée" (dont il faudra que je reparle), nous ne voulons pas multiplier les lignes d'écriture qui lui cause toujours une assez grande fatigue...

Nous avons par contre passé beaucoup de temps à lui faire comprendre la différence entre :"Cocher la bonne réponse", "entourer la bonne réponse" ou "barrer la mauvaise réponse". Même aujourd'hui, il s'assure toujours, en posant la question, que cocher c'est "mettre une croix", par exemple. Ceci pour vous dire que la moindre acquisition, si tant est qu'elle doive s'appuyer sur le langage peut vite devenir une "galère".

Aujourd'hui, nous diversifions les formes de récits et nous avons commencé à lire et à étudier des contes (pas évident pour un TED qui reste ancré dans le quotidien et pour qui les histoires de fantômes sont bien réelles!).

Certains récits sont impossibles à envisager avec lui. Il est très sensible par exemple à tout ce qui peut se dérouler dans un hôpital (son séjour à Robert Debré pour son diagnostic l'a beaucoup marqué), à la maladie... J'évite autant que possible!

Nous n'en sommes pas encore à étudier Jules Verne mais je ne désespère pas.

L'image néanmoins est un support indispensable à sa compréhension. 

Nous avons commencé à lire un petit ouvrage avec moins d'illustrations:

"Le chien de Quentin" Collection les Imbattables / édition Ratus poche Hatier n°55

Je suis satisfaite du fait qu'il ne l'ai pas rejeté par peur de la difficulté même si ça reste plus compliqué pour lui...

Je vous signale cette histoire que Théophile a beaucoup aimé. Elle aborde avec beaucoup de poésie le thème du handicap (physique).Je pensais discuter de cette notion avec Théophile mais lorsque je lui ai demandé s'il pensait être différent des autres enfants, il m'a répondu que non !

J'en ai déduit que pour l'instant et à 8 ans, le handicap de notre fils n'était pas encore un problème pour lui ...J'aimerais qu'il en soit toujours ainsi.

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Par contre, il a beaucoup aimé ce petit garçon très proche des animaux (même les plus insignifiants) et attentif au bruits de la nature. C'est un livre de sagesse et l'attitude du père face au handicap est intéressante et émouvante (j'y ai retrouvé beaucoup de LePapa!). 

Théophile progresse et la lecture est pour lui un vrai moment de partage. Il feuillette seul des livres (même des BD) mais il a encore besoin d'être "accompagné" pour faciliter sa compréhension - sitôt que le style est plus recherché.

Je me souviens des heures consacrées à l'apprentissage de la lecture. Théophile y a pris beaucoup de plaisir et il a été très valorisé par toute la famille pendant des semaines. Nous n'avons pas utilisé de méthodes "miracle" ou très innovantes mais celle-ci correspondait parfaitement à son niveau de compréhension. Des personnages sympathiques et récurrents, des actions simples et quotidiennes, un graphisme en script (dont il a eu du mal à se débarrasser lorsqu'il est passé à l'écriture cursive!) et des ilustrations soignées.

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Le nouveau fil des mots/Nathan (1 et 2)

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La leçon n°4 (tome1)

(Théophile s'en souvient encore!)

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Et une des toutes dernières leçon du tome 2

Il est toujours difficile de conseiller une méthode qui a fonctionné avec un enfant; d'autres existent: souvent un enfant avec trouble autistique est un "visuel" alors peut-être qu'en mettant à disposition plusieurs manuels, il fera son propre choix. Dans notre cas, nous allons dire que nous avons eu de la chance de tomber sur la bonne...et rapidement.

Il était toujours très souriant pendant ses séances de lecture et je me souviendrai toujours de l'étonnement et du plaisir qu'il a pris lorsqu'il s'est aperçu qu'il arrivait à lire les "placards" publicitaires qui fleurissent un peu partout le bord de nos routes. Je crois que c'est à partir de ce moment qu'il est "arrivé" ou "revenu" parmi nous!

Aujourd'hui, il n'a plus rien à voir avec le petit garçon annonant des textes auxquels il ne comprenait rien !

C'est un long travail pour lui mais il a pris confiance en ses capacités. Il aime apprendre même si comme tout enfant de son âge, il préfère une bonne partie de WII à sa page d'écriture...

LaMaman